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Analytiques et numériques Entrevue

Les banques ne peuvent combattre la fraude toutes seules

Ann Stevens 30 octobre 2018

 

Le secteur financier est confronté à des défis inédits : avancée des technologies numériques, évolution des préférences des consommateurs, nouvelle vague de concurrence, exigences réglementaires et explosion des fraudes. On dénombre une tentative d’hameçonnage toutes les 30 secondes et 486 000 attaques de dossiers d’identité par heure. Le coût mondial de la cybercriminalité devrait ainsi atteindre 8 billions $ en cinq ans. Jamais la fraude n’a été si répandue. Et paradoxalement, jamais la confiance du public – essentielle au secteur financier et à la numérisation de la monnaie – n’a été si faible.

Comme l’exige notre nouvelle ère, les banques doivent trouver de nouveaux moyens d’élargir leurs services en jouant un rôle plus actif dans la vie numérique de leurs clients. Surtout, il leur faut « réinventer la confiance » qu’elles inspirent.

C’est dans ce contexte de disruption et de focalisation client que Brett King, surnommé le roi des disrupteurs, a été invité au troisième Sommet de l’innovation COR.SPARK du 7 novembre. Conférencier principal, il y décrira l’exigeant parcours que doivent emprunter les banques pour prospérer dans un marché en mutation accélérée.

Qui est Brett King ? 

Éminent futuriste spécialisé dans l’avenir du commerce et du secteur bancaire, auteur de cinq best-sellers Amazon, Brett King est un conférencier de renommée mondiale qui s’est adressé dans une cinquantaine de pays à plus d’un million de personnes. Il analyse pour ses auditoires l’effet disruptif des technologies, les influences comportementales et la transformation de nos sociétés. Ancien conseiller de Barack Obama et du National Economic Council on the Future of Banking, il anime aussi Breaking Banks, émission radio et balado rejoignant 6,5 millions d’auditeurs de 170 pays.

Nommé Innovateur 2012 par le journal American Banker et Premier influenceur mondial en services financiers par le Financial Brand, Brett King est régulièrement cité ou invité par Fox News, ABC, CNBC, Bloomberg, la BBC, le Financial Times, The Economist et Bank Technology News. Ses champs d’expertise englobent l’innovation, la disruption technologique et la stratégie de distribution multicanaux.

J’ai pu lui poser quelques questions avant la conférence qu’il prononcera au Sommet sur le thème Réinventer les services bancaires, technologies disruptives.

 

  1. Quels sont les trois grands défis qui attendent le secteur financier dans les 10 prochaines années ?

     

    Certaines grandes banques dotées de solides capacités numériques continuent de prospérer, mais les plus petites ont du mal à recruter des natifs de l’ère numérique et subissent donc une baisse de leurs ventes et activités. D’où ces trois défis : recrutement, engagement numérique et revenus/ventes croisées centrés sur le numérique.

     

  2. Vous insistez dans vos livres sur le recul de la domination des banques. Envisagez-vous leur disparition ?

     

    Dans un siècle, peut-être. Mais pour l’instant, les banques doivent comprendre que leur survie dépend moins de leurs pratiques bancaires que des technologies permettant d’intégrer leurs services à la vie quotidienne de leurs clients.

     

  3. Comment peuvent-elles rétablir la confiance du public ? Quels facteurs doivent-elles prendre en compte pour y arriver ?

     

    De nouveaux acteurs comme AntFinancial, Tencent, MPesa ou Amazon inspirent une plus forte confiance que la majorité des banques. À l’ère numérique, la confiance à l’égard des banques est liée à l’utilité de leurs services et non à leurs chartes ou à leur présence physique. Vos clients vous feront confiance si tous vos services leur sont vraiment utiles.

     

  4. Quel conseil donneriez-vous à un directeur de banque chargé de la détection des fraudes pour la prochaine décennie ?

     

    Les données et l’apprentissage machine sont devenus indispensables. Le blanchiment d’argent et le vol d’identité sont désormais si complexes que les vérifications en personne ne suffisent plus. De nouveaux algorithmes sont nécessaires pour fonder l’identification des clients sur leurs comportements, leurs décisions et des ensembles de données beaucoup plus vastes.

     

  5. La fraude est plus répandue que jamais et menace le secteur bancaire. Comment convaincre les banques de l’importance de collaborer et de partager leurs données pour combattre la fraude ?

     

    Il est devenu impossible de sécuriser pleinement les données d’identification d’un client (date de naissance, adresse, etc.). On ne peut donc prévenir les fraudes ni protéger nos clients en se limitant aux formulaires qu’ils remplissent. Chaque banque n’a tout simplement pas les données suffisantes pour tout faire par elle-même.

     

  6. Vous avez conseillé l’administration Obama en matière de technologie financière et de politique bancaire. En quoi le monde a-t-il changé depuis ?

 

Né en Australie, je n’aurais jamais imaginé visiter un jour la Maison-Blanche. Hélas, l’excellent travail de l’administration Obama a été bloqué par le président actuel. Mais le reste de la planète continue d’avancer et l’année 2018 a battu des records dans plusieurs domaines des technologies financières. Elles progressent rapidement et modifient partout les comportements, de la Chine au Royaume-Uni en passant par le Kenya.

 

Ann Stevens

Responsable du renseignement et des enquêtes sur les fraudes, COR.IQ

« Les groupes criminels organisés se servent de plus en plus du vol d’identité pour commettre des crimes plus complexes. En travaillant avec des experts de l’industrie, nous pouvons mieux comprendre comment prévenir le vol d’identité et réduire les risques de fraude organisée. » Au cours des 28 dernières années, Ann Stevens a occupé plusieurs postes en lien avec le renseignement criminel dans les secteurs public et privé (force de l’ordre et secteur financier). Elle se spécialise dans le renseignement criminel et les enquêtes, et privilégie une approche proactive afin de réduire la criminalité et d’atténuer les risques de fraude. Elle travaille dans le secteur financier depuis huit ans. Ann a dirigé l’unité centrale de renseignements sur les crimes financiers de l’Association des banquiers canadiens. Travaillant à élaboration d’une stratégie nationale contre la criminalité financière, l’unité devait notamment apporter son soutien aux forces de l’ordre et dans le cadre d’enquêtes sur la sécurité commerciale en cernant et en ciblant de façon proactive les groupes criminels organisés. Elle s’est par la suite jointe à deux des cinq grandes banques du Canada, d’abord à la Banque TD en tant que gestionnaire principale du renseignement et des enquêtes sur la sécurité mondiale, puis pour le compte de la CIBC à titre de directrice de la sécurité. Elle a également travaillé au sein de l’équipe antifraude d’Equifax en 2013. Plus récemment, Ann s’est jointe à l’équipe COR.IQ de Symcor, qui offre une approche collaborative basée sur le renseignement pour lutter contre la criminalité financière et mieux comprendre la fraude organisée. Anne enseigne l’analyse des crimes financiers à la Justice Institute of British Columbia ainsi que l’analyse des renseignements criminels au Collège Humber. Elle vient de terminer une maîtrise ès sciences en fraude et corruption à l’Université de Portsmouth. Ann aime faire du vélo et de la marche durant les mois d’été, mais l’hibernation est son activité préférée une fois l’hiver venu.