
Le débat sur la finance ouverte au Canada amorce un nouveau chapitre.
Après des années de discussions stratégiques, de consultations et d'élaboration de cadres réglementaires, le secteur se concentre de plus en plus sur une question essentielle : comment transformer les services bancaires axés sur les consommateurs en résultats concrets pour les Canadiens et les entreprises?
Au cours de la table ronde organisée aujourd’hui dans le cadre du Forum Fintech Canada, des dirigeants issus de l’ensemble de l’écosystème financier ont examiné comment le Canada pouvait passer de la mise en œuvre à l’impact réel. Malgré des perspectives variées, plusieurs thèmes ont émergé.
Le véritable succès, c'est quand les services bancaires ouverts se font discrets
Tout au long des échanges, un constat s'est imposé : la réussite ne se définira ni par les volumes d'API ni par le nombre d'accréditations ou les avancées techniques.
Au contraire, le succès se mesurera par les résultats obtenus pour les clients.
Les consommateurs devraient pouvoir bénéficier de meilleurs services, changer de prestataire plus facilement et exercer un plus grand contrôle sur leurs finances sans avoir à comprendre la technologie qui opère en coulisses.
À mesure que les services financiers deviennent de plus en plus interconnectés, l'objectif consiste à faire de la finance ouverte un catalyseur invisible plutôt qu'une fin en soi.
Le Canada remplace un comportement existant
Un constat est revenu à plusieurs reprises au cours de la séance : le Canada n'en est pas à ses débuts en matière de partage de données financières numériques.
Des millions de consommateurs partagent déjà leurs données financières aujourd'hui, généralement par le biais de techniques de capture d'écran.
Le défi actuel ne se résume pas au lancement d'un nouveau cadre réglementaire. Il s'agit désormais de créer une expérience meilleure, plus sûre et plus fiable, qui incite les consommateurs et les entreprises à adopter le partage de données via des API.
En fin de compte, l'adoption de ce nouveau modèle dépendra de sa capacité à apporter une valeur ajoutée évidente sans accroître la complexité.
Une infrastructure partagée peut encourager la concurrence
Un échange crucial s'est articulé autour de la relation entre l’infrastructure et la concurrence.
Pour que la finance ouverte puisse se développer efficacement, les participants à l'écosystème requièrent des mécanismes de confiance pour l'authentification, l'accréditation, l'interopérabilité, la gestion des consentements et le transfert sécurisé de données.
Ces capacités fondamentales sont particulièrement efficaces lorsqu'elles fonctionnent comme une infrastructure partagée accessible à l'ensemble de l'écosystème.
Comme l'a souligné Holger Kormann, président et chef de la direction de Symcor :
« Le modèle de différenciation devrait se situer au-dessus de la couche d'infrastructure. »
Un principe important est ainsi mis en évidence. Les acteurs du secteur n’ont pas besoin de se livrer concurrence en recréant les mêmes capacités fondamentales. Au contraire, la concurrence peut s’épanouir grâce aux produits, services, expériences et résultats qui s’appuient sur une base fiable.
Une analogie pertinente, évoquée au cours de la discussion, a comparé l’infrastructure de la finance ouverte aux aéroports.
Les compagnies aériennes se livrent une concurrence acharnée pour attirer les clients, mais elles ne construisent pas chacune leur propre aéroport. L'infrastructure partagée génère de l'efficacité, de l'envergure et de l'interopérabilité tout en permettant une saine concurrence sur l'ensemble du marché.
La confiance des consommateurs demeure essentielle
Le succès ou l'échec de la finance ouverte dépendra en fin de compte de la confiance des consommateurs.
Les participants ont souligné l'importance d'une gestion claire des consentements, d'une utilisation transparente des données, de normes de sécurité rigoureuses et d'une responsabilité clairement définie à tous les niveaux de l'écosystème.
Les consommateurs attendent de plus en plus de transparence quant à la manière dont leurs données sont partagées, aux entités qui y ont accès et à la manière dont les autorisations peuvent être modifiées ou révoquées.
Gagner la confiance va bien au-delà de la simple conformité technique. Il faut créer des expériences faciles à comprendre et à utiliser.
Le secteur doit éviter les frictions
L'une des discussions les plus intéressantes a porté sur l'ergonomie et la convivialité.
Si la sécurité et la protection des consommateurs demeurent primordiales, plusieurs intervenants ont souligné qu'une complexité excessive pourrait constituer un obstacle à l'adoption de ces solutions.
Si cette nouvelle expérience se révèle sensiblement plus complexe que les options existantes, les consommateurs pourraient tout simplement s'en tenir aux solutions qu'ils connaissent déjà.
L'enjeu pour le secteur consiste à trouver un équilibre entre sécurité, transparence et facilité d'utilisation, tout en évitant d'alourdir inutilement le processus.
Prochaine étape de l'évolution : passer du partage à l'action
La table ronde a également abordé la transition du système bancaire ouvert vers des capacités de finance ouverte plus élargies.
Si l'élargissement de l'accès aux données financières reste important, bon nombre d'intervenants se sont entendus pour dire que la valeur de demain découlera de plus en plus de capacités offrant aux particuliers et aux entreprises la possibilité d'agir concrètement à partir de ces données.
Les initiatives de paiement, les paiements en temps réel, les cadres de consentement élargis et les nouvelles sources de données ont tous le potentiel de créer des expériences financières plus fluides.
L’opportunité ne réside pas simplement dans un transfert plus efficace des données, mais bien à permettre des décisions plus rapides, de meilleurs résultats financiers et des expériences client totalement inédites.
Regard sur l'avenir
Le Canada dispose d'une occasion unique de tirer les enseignements des marchés mondiaux tout en mettant en place un cadre qui reflète les besoins des consommateurs, des entreprises, des institutions financières, des entreprises de technologie financière et des partenaires de l'écosystème canadiens.
Pour aller de l'avant, il faudra une collaboration entre le secteur privé et les pouvoirs publics, un engagement constant en faveur de la confiance et de l'interopérabilité, ainsi qu'une volonté d'obtenir des résultats concrets pour les Canadiens.
Les discussions menées lors du Forum Fintech Canada de cette année ont clairement mis un point en évidence :
La finance ouverte de demain ne sera pas définie par la seule technologie. Elle sera définie par la valeur que l'écosystème crée pour les personnes et les entreprises qu'il dessert.